Nicolas regarde sa montre. Et oui, ça fait 20 minutes, pesantes, qu'ils ne se sont rien dit. Enfin, rien d'intéressant. 20 minutes depuis qu'Alice, sa délicieuse voisine, a regardé ses billets et, depuis, stresse pour savoir si elle va avoir son fichu train. Manifestement, ce problème de billets a vraiment l'air de la perturber. Elle n'a même pas pris la peine de lui donner la destination de cette correspondance qui a l'air de tant vouloir lui échapper.
Nicolas trouve un peu dommage le soudain mutisme d'Alice, cette inquiètude un poil disproportionnée. Comme si un stupide problème administratif ou de délais devait forcément prendre le pas sur une rencontre, un moment entre deux personnes. Le terre à terre plus fort que la magie. Il est vraiment déçu. Oh il a bien essayé de lui parler, de relancer la machine, mais ses sourires certes polis (chouette !) mais crispés l'ont vite découragé. Il commence donc logiquement à douter de la réciprocité des sentiments qu'il ressent pour la jeune fille.
Il regarde à nouveau sa montre. Si sa voisine d'en face semble prendre ce train pour la première fois, lui en est un habitué puisque c'est à Lille qu'habite sa grand-mère, à qui il va régulièement rendre visite, comme aujourd'hui. A en juger du paysage et les terrils découpant l'horizon, ils ne sont vraiment plus très loin, et il reste, d'après les dires d'Alice, une bonne demi heure, facile, avant que sa correspondance se fasse la malle sans elle. Il décide alors de tenter une dernière fois de rendre son si beau sourire à la belle, et refaire briller ses yeux.
"Je parie un dîner dans le meilleur restaurant de moules frites de Lille, à consommer quand tu veux, que tu ne rateras pas ta correspondance". Façon également d'essayer de la revoir mais aussi peut-être sa destination finale.
Alice le regarde distraitement. "Désolée, je n'aime pas les fruits de mer..."
Aussi aimable et avenante qu'un ministre de l'intérieur de droite.
"Ah... et le meilleur restaurant italien ? Chinois, Japonais ? McDo ? Quick ? Un cornet de frite ?"
La jeune fille est mal à l'aise, fuit son regard, est à la limite de la sourdité volontaire. Il décide de se lancer, ayant à la fois rien et tout à perdre.
"Je veux te revoir, Alice." Une pause. Il hésite. "Dis moi ou tu vas, je te rejoins si tu veux..."
Cette fois, elle est à deux doigts de se sauver. Bouleversé, il est désormais persuadé de la perdre, mais tant pis, il a fait ce qu'il devait. Il n'a plus qu'à attendre.
Il n'attends pas longtemps, Alice se retourne et lui fait face, les yeux humides. Elle ouvre la bouche, hésite, puis lui dit...

