Un blanc. Sans trop savoir pourquoi, Nicolas sent qu'il a visé juste, sa réplique a fait mouche. Arf, ces jeux crétins, à part faire mal à l'autre... ils seraient des babouins ou des mollusques, ce serait moins compliqué ! "Oh un mâle, il a l'air costaud, s'il me chauffe pas de problème" "Oh une femelle, tiens mon instinct me dit qu'il va falloir reproduire l'espèce, au boulot".
En même temps, c'est elle qui a commencé ! Elle l'a bien cherché.
Ah, elle écrit. Nicolas sort un nouveau mikado, qui n'en a plus pour longtemps.
Britishgirl : Ah ? Tu vas où ?
Et beh, elle se foule pas. Jouons là fine. Enfin, essayons.
Fosconico : Un voyage avec le boulot, un truc un peu lourd. Seul avantage, je serai bien entouré, j'y vais avec ma Boss et son armée de secrétaires sexy.
Il fait la moue. Maladroit ça, il y est peut-être allé un peu fort. Va-t-elle se rendre compte du subterfuge ? Elle est assez douée en général pour lire en lui, ce qui l'énerve en général. Mais bon, si il voulait trouver une fille non intuitive, autant sortir avec le geranium de sa tante Claudine.
Elle répond.
Britishgirl : Ah ben c'est cool ça. T'en as une en vue ? Tombeur va !
Et voilà, il s'est encore fait avoir ! Zut, pourtant il était à deux doigts de la faire craquer. Vraiment très forte... Remarque, elle fait peut-être genre elle s'en fiche mais en fait elle est aussi nerveuse que lui.
A y est, ce petit jeu le fatigue. Des semaines entières qu'ils se tournent l'un autour de l'autre, et il est amoureux d'elle, c'est évident. Il n'a plus 15 ans, il sait que la distance va rendre l'affaire compliquée mais tant pis.
Il sent déjà ce qu'il appelle "le passeur" prendre les rènes de ses doigts, et commence à taper quelque chose dont il ne contrôle pas vraiment la tenneur.
Fosconico : Oui, en fait c'est peut-être bien toi que j'ai en vue. Tant pis pour ton garde d'enfant, j'ai envie de te revoir.
Il respire un grand coup, et s'aperçoit qu'il est trempé de sueur. Que c'est con un humain !
Fosconico : Et toi ?
Il ne veut pas voir ça. Pourquoi pas aller se faire un bol de céréales dans la cuisine, et prendre son temps pour voir (l'éventuelle) réponse d'Alice ? Il prévoie déjà la catastrophe. Et s'il était allé trop loin ? Putain d'impatience hormonale...
Alice est déstabilisée. Elle ne s'attendait pas à ce genre de réaction. Aurait-il déjoué son piège ? Entrerait-il dans son jeu ? Elle décide de continuer.
Britishgirl : Euh, tu me connais bien maintenant, et tu sais que je ne suis pas de ce bord là
Disons que je m'entends très bien avec un mec du boulot.
Pour être crédible, elle pense à Stan, ce garçon qui travaille avec elle au centre de loisirs pour enfants. Quant à Nicolas, il ne sait pas si c'est du lard ou du cochon... Il ne dit rien. Son coeur se serre. Il essaye d'en savoir un peu plus sur ce Stan. Elle lui explique que c'est son "boss", mais qu'il a le même âge qu'elle et que la hiérarchie est presque inexistante dans leurs rapports. Ils s'entendent bien, mais ne se voient pas en dehors du centre. Malgré tout, ces derniers mots ne rassurent pas Nicolas.
Fosconico : Et bien c'est bien ![]()
Alice ressent un malaise chez Nicolas. Elle commence à culpabiliser. Et puis elle se dit que finalement il ne doit pas tant tenir à elle, sinon il aurait montré sa déception. Cela ne vaut alors peut-être pas la peine d'espérer plus avec Nicolas... De son côté Nicolas est vraiment déçu. Il faut qu'il bouge, il ne peut pas rester sur sa chaise à attendre la prochaine réplique ! Il se lève et se met à tourner en rond dans l'appartement, et puis soudain il a une idée. Il y tient à son Alice, il ne veut pas se contenter d'être son ami ! Il va tenter le tout pour le tout !
Fosconico : Au fait, je ne t'ai pas dit, mais je vais devoir m'absenter pendant quelques jours. C'est pour le boulot. C'est notre dernière soirée sur le net ![]()
Alice est surprise de cette annonce brutale, d'habitude il l'a prévient bien avant lorsqu'il s'absente pour plusieurs jours...
Britishgirl : Et bien moi ça va plutôt pas mal, je te remercie ;)
Cette fois, le mikado ne résiste plus et tombe sur le parquet du petit appartement de Montrouge. Mais Nicolas n'en a cure, le parquet c'est pas le plus difficile à nettoyer. En même temps, ce serait une carcasse putréfiée de rhinocéros qui serait tombée sur son foutu parquet que ça ferait le même effet au jeune homme.
Alors elle a un mec ? Elle a pas perdu de temps... donc, comme il le craignait, sa rencontre avec elle, son côté magique, ces bonnes tranches de rigolade, ces moments plus graves, tout ce qu'il avait cru qu'elle ressentait pour lui autant qu'il ressentait pour elle... du vent. Du vide, nicht, nada, zéro. A cet instant, Nicolas a l'impression que toute la population terrienne est réunie derrière lui, assise sur son canapé à siroter ses canettes de Coca, et en train de joyeusement se foutre de sa tronche de gros nigaud. "Ah ! Tu t'es bien fait avoir mon bon, maintenant va falloir sauver la face ! Et crois moi, c'est pas dans la poche !"
Que faire ? Les premiers mots qui lui viennent à l'esprit apparaissent dans le champ d'écriture de Yahoo : "Et bien écoute c'est super, bon vent à toi ! Bye !" mais, au moment de taper sur "entrer", il efface cette phrase, puis met sa tête dans ses mains.
Et si c'était un test ? Si c'était un de ces jeux typiquement féminins faits pour te faire dire ce que t'as pas envie de dire, te prendre au piège quoi ? Un de ces jeux qui, d'après ces magazines féminins qu'il éxécre, sont l'idéal pour "pimenter une relation" ou "tester votre partenaire" alors qu'en fait ils sont surtout là pour foutre la merde et créer des tensions...
Non, c'est pas son genre. Même si elle lit ce genre de torchons (comme lui lit d'autres stupidités telles que l'Equipe par exemple) elle est plutôt du genre à prendre ça au 15e degré...
BUZZ !!!
Britishgirl : T'es là ? T'es allée te pendre du haut d'un Mikado ? ;)
Non mais quelle chipie celle là ! Vraiment, il l'adore, elle le fait trop rire... tout en se foutant bien de sa tête. Elle aurait tort de s'en priver, parce que y a de quoi...
Finalement, il se décide. Elle veut jouer ? Elle va être servie.
fosconico : Non non lol tu permets que je raccroche au nez de ma patronne, qui est folle de moi ? :p
fosconico : Bon alors, c'est seulement maintenant que tu m'en parles ? Comme s'appelle l'heureuse élue ? :p
De l'aute côté de la Manche, Alice, emmitouflée dans un gros pull en laine vert, fixe l'écran et attends fébrilement une réponse de Nicolas, une réponse qui ne vient pas. Nicolas elle commence à bien le connaître, et il lui plaît bien, mais elle n'a pas envie de le lui laisser croire. Et puis elle est à Londres et lui à Paris, enfin à Montrouge, et ce n'est donc pas pratique pour entamer une relation. Elle n'a pas envie pour le moment de retourner en France, où lui a un poste de fixe.
Cinq minutes se sont écoulées, et toujours pas de réponse de Nicolas. Alice se demande si elle n'a pas touché un point sensible. Et s'il sortait avec quelqu'un ? Peut-être a-t-il senti chez elle une attirance pour lui, bien qu'elle essaye de le cacher ? Et s'il était devant son ordinateur en train de se demander comment il allait le lui annoncer ? Tout un tas de questions auxquelles elle n'avait pas de réponses. Mais soudain, alors qu'elle est en train de lire le blog d'une amie cybernétique, fosconico, dans la barre des tâches se met à clignoter orange. Fosconico, c'est son pseudo et aussi en partie son nom en hobbit lui a-t-il expliqué au court d'une de leurs longues discussions nocturnes. Machinalement elle clique pour afficher la fenêtre et à la vue de ce qu'à écrit Nicolas, elle pousse soupir... Un soupir de soulagement :
fosconico : Bah toujours rien pour le moment...
Elle voudrait taper un grand "OUF !" avec ses doigts gelés, dans cette maison mal isolée, mais elle se retient. Mais même si elle conçoit difficilement une relation à distance, elle serait jalouse que Nicolas sorte avec une autre fille. En fait, elle se félicite souvent d'avoir vaincu sa timidité et de lui avoir envoyé un mail une fois installée à Londres chez Julia son amie de fac. Et puis à force de parler sur la toile, elle s'est attachée à lui. Mais elle ne veut pas s'emballer, elle ne sait pas ce que lui ressent pour elle, et si ça se trouve elle n'est pas son genre de fille.
Et comme elle l'espérait, Nicolas lui retourne la question. Elle décide alors de le tester et voir comment il va réagir à l'annonce qu'elle s'apprête à lui faire...
Nicolas détourne soudain son regard de l'écran, s'aperçoit que la nuit est tombée sur Montrouge, étire sa colonne jusqu'au moindre de ses os en tendant les bras vers son plafond dans un concert de craquements, puis se lève et va se servir un verre de jus d'orange, prendre un mikado qu'il plante dans sa bouche, avant de retourner s'asseoir devant son ordinateur, seule source lumineuse d'une chambre exigue, mais coquette.
Cela fait un bon mois à présent que le jeune homme chatte quasiment huit heures par jour, sept jours sur sept, avec Alice, sa délicieuse rencontre du Paris-Lille. Grâce aux bienfaits de l'ADSL, nombre de mp3, de mails tout bêtes ou au contraire longs et réfléchis, de prises de têtes et de fous rires se sont échangés entre la banlieue sud de Paris et son homnyme de l'est de Londres. Ce soir, le sujet du débat est la cuisine anglaise.
"- Je te dis que c'est pas possible de survivre là bas sans un pont aérien entre la France et l'Angleterre si t'es pas Anglais !
- Si je te le dis ! Ca fait 37 jours que je suis ici, je mange des sandwiches carrés au cheddar, de la gelly et des fish and chips ! Bon mes doigts engraissent un peu le clavier mais je suis toujours vivante !
- Oui mais ce que tu ne sais pas, c'est que la durée d'incubation est de 40 jours. Tu as des messages à faire parvenir à ta famille ?
- Loool"
Et ça repart sur le même rythme. Pour être honnête, Nicolas ne peux plus se passer de ces interminables discussions ; dès la sortie de boulot il ne sort plus, ne va plus nulle part si ce n'est devant son ordinateur, ou elle arrive vers 22h. Mais il a souvent un mail à lire d'elle qui l'attends dans sa boîte. Elle n'a pas tardé à trouver un job de serveuse dans un café près de Hyde Park. C'est pas facile, mais pas moins qu'à Paris puisque son anglais impeccable lui a évité un temps d'adaptation souvent rédhibitoire pour ce genre d'expérience. Elle a également trouvé un petit appart de 16 m² en périphérie de Londres, et se construit donc sa petite vie.
Et puis soudain, comme ça, en plein délire, une phrase apparaît dans la fenêtre Yahoo ; une phrase qui manque de peu de lui faire lâcher le reste de son Mikado :
"Et sinon les amours, ça va ?"
Nicolas, les mains dans les cheveux, ferme les yeux, respire un bon coup... et va remplir à nouveau son verre.
"Je suis perdue ! J'essaye de prendre ma vie en main, d'aller de l'avant, mais là ça commence très mal !" La voix d'Alice tremble, elle a honte de se montrer de la sorte face à un inconnu. "Tu vois des fois j'ai envie de me lancer, mais je suis toujours freinée par quelques chose !" Elle se tait et tente de se calmer. Nicolas la regarde ne sachant pas quoi dire, il se sent gêné à son tour : "Excuse-moi de t'avoir brusquée, ou de t'avoir fait peur... Je ne le voulais pas." Alice a la tête baissée, elle tripote nerveusement le cordon qui sert de lien à son sac. Puis soudain elle relève le visage, les yeux bouffis : "Je suis désolée pour tout à l'heure, je t'ai mal répondu. C'est juste que je ne suis pas du genre à accepter de sortir avec n'importe qui. On ne se connaît que depuis une heure, il m'en faut plus que ça pour accepter un rendez-vous. Mais puisque j'ai envie de changer et puisque je te trouve vraiment sympathique, je te donne mon adresse e-mail, comme ça on pourra apprendre à se connaître un peu mieux. De toutes façons je vais en Angleterre, je doute que tu puisses me suivre jusque là." Elle esquisse un petit sourire : "Je vais dans la banlieue de Londres, c'est presque direct pour aller à Lille".
Nicolas prends le papier sur lequel Alice a noté son adresse e-mail, et la range précieusement dans son porte-feuille, il ne va pas manquer de lui écrire dès qu'il aura un clavier sous les mains. - Et tu vas faire quoi à Londres ?
- Je vais chercher un job !
- Ah mais euh... tu vas y rester longtemps alors...
- Oui, j'adore vraiment ce pays, j'aimerais y vivre.
- D'accord.
Il est un peu déçu, il se voyait déjà revoir la jeune fille la semaine suivante, mais tout ne se passe pas comme il l'avait prévu. Comment faire pour la revoir ? Elle n'est visiblement pas pressé de son côté, trop excité par sa nouvelle vie...
Nicolas regarde sa montre. Et oui, ça fait 20 minutes, pesantes, qu'ils ne se sont rien dit. Enfin, rien d'intéressant. 20 minutes depuis qu'Alice, sa délicieuse voisine, a regardé ses billets et, depuis, stresse pour savoir si elle va avoir son fichu train. Manifestement, ce problème de billets a vraiment l'air de la perturber. Elle n'a même pas pris la peine de lui donner la destination de cette correspondance qui a l'air de tant vouloir lui échapper.
Nicolas trouve un peu dommage le soudain mutisme d'Alice, cette inquiètude un poil disproportionnée. Comme si un stupide problème administratif ou de délais devait forcément prendre le pas sur une rencontre, un moment entre deux personnes. Le terre à terre plus fort que la magie. Il est vraiment déçu. Oh il a bien essayé de lui parler, de relancer la machine, mais ses sourires certes polis (chouette !) mais crispés l'ont vite découragé. Il commence donc logiquement à douter de la réciprocité des sentiments qu'il ressent pour la jeune fille.
Il regarde à nouveau sa montre. Si sa voisine d'en face semble prendre ce train pour la première fois, lui en est un habitué puisque c'est à Lille qu'habite sa grand-mère, à qui il va régulièement rendre visite, comme aujourd'hui. A en juger du paysage et les terrils découpant l'horizon, ils ne sont vraiment plus très loin, et il reste, d'après les dires d'Alice, une bonne demi heure, facile, avant que sa correspondance se fasse la malle sans elle. Il décide alors de tenter une dernière fois de rendre son si beau sourire à la belle, et refaire briller ses yeux.
"Je parie un dîner dans le meilleur restaurant de moules frites de Lille, à consommer quand tu veux, que tu ne rateras pas ta correspondance". Façon également d'essayer de la revoir mais aussi peut-être sa destination finale.
Alice le regarde distraitement. "Désolée, je n'aime pas les fruits de mer..."
Aussi aimable et avenante qu'un ministre de l'intérieur de droite.
"Ah... et le meilleur restaurant italien ? Chinois, Japonais ? McDo ? Quick ? Un cornet de frite ?"
La jeune fille est mal à l'aise, fuit son regard, est à la limite de la sourdité volontaire. Il décide de se lancer, ayant à la fois rien et tout à perdre.
"Je veux te revoir, Alice." Une pause. Il hésite. "Dis moi ou tu vas, je te rejoins si tu veux..."
Cette fois, elle est à deux doigts de se sauver. Bouleversé, il est désormais persuadé de la perdre, mais tant pis, il a fait ce qu'il devait. Il n'a plus qu'à attendre.
Il n'attends pas longtemps, Alice se retourne et lui fait face, les yeux humides. Elle ouvre la bouche, hésite, puis lui dit...
Elle referme son livre, et redresse la tête : "C'est à dire que je ne vais pas vraiment à Lille..." Nicolas fronce les sourcils : "Ah bon ? Tu es au courant que c'est le terminus de ce train et qu'il n'y a pas d'arrêt jusque là ?", elle sourit, décidément il est drôle ce garçon. "Non, je descends bien à Lille, mais je n'y reste qu'une heure, enfin moins maintenant étant donné qu'on est resté immobilisé assez longtemps" Tiens ! Combien de temps sont-ils réellement restés à attendre que la voix se dégage ? Alice est prise d'une angoisse soudaine. Et si elle n'avait pas sa correspondance pour l'Angleterre ? "On a perdu combien de temps ?" lui demande-t-elle. Nicolas, ressent bien la panique dans sa voix et lui répond : "Je ne sais pas trop, peut-être quarante minutes. ça c'est sûr, on est bien parti pour ne pas arriver à l'heure et pour se faire rembourser notre billet !"
Alice plonge la main dans son sac et en retire une petite pochette contenant plusieurs billets de train. Elle les compare tous les deux mais quelque chose ne va pas. Nicolas curieux lui pose la question :
- Il y a un problème ?
- Oui ! Un gros problème !
- Ah ?
- J'ai une correspondance à prendre à Lille, j'avais une heure de battement, mais là du coup, ça va être juste ! Je vais la rater !
Nicolas tente de rassurer Alice. Il s'avance vers elle et lui pose la main sur l'avant-bras. Alice est troublée, c'est pas souvent qu'un garçon pose la main sur elle, c'est peut-être même la première fois en fait, mis à part les membres masculins de sa famille :
- Ne t'inquiète pas, euh... Je crois que nous ne nous sommes pas présentés en fait ! Moi c'est Nicolas, et toi ?
- Alice.
- C'est très joli comme prénom.
Mais Alice ne semble pas l'écouter, elle est ailleurs, dans ses pensées. Elle est à la fois perturbée par cette main posée sur son bras, et l'idée qu'elle risque de louper sa correspondance...
« Encore un qui me prends pour Nikos ! », tente-t-il, pour détendre l’atmosphère… enfin, surtout pour tenter de se rassurer. Mais il devient de plus en plus évident qu’Alice se doute de quelque chose.
Le doute se forme alors vite en certitude :
« C’est-à-dire que Nikos ne ferait certainement pas la carrière qu’on lui connaît avec la coiffure de Nick Cave ! » dit-elle avant de pouffer. Machinalement, le jeune homme porte sa main à son crâne ou celle-ci rencontre une énorme mèche de cheveux bravant toutes les règles de l’apesanteur. A son tour, il se met à rougir.
« Alors, tu as tout vu ?
- Mmmmh… oui je dois l’avouer, dit-elle en se retenant de rire tout en papillonnant des yeux.
- Alors s’en est bel et bien fini, je dois donc te l’avouer : tout cela était un gag, organisé avec la complicité du contrôleur, qui s’avère être mon cousin, et avec qui j’entretiens d’EXCELLENT rapports. » Alice éclate de rire.
Et, une fois la voie dégagée, le voyage reprend. Les deux jeunes gens, qui se dévorent des yeux, se découvrent mutuellement, rient beaucoup, mais Lille se rapproche à grands pas et Nicolas, qui a du mal à admettre le fait de perdre de vue Alice à la sortie du train, ne peux s’empêcher de demander, le plus innocemment possible, bien sûr…
« Et sinon, à Lille tu vas faire quoi ? »
Nicolas ne le jurerait pas, mais il lui a bien semblé que le regard d’Alice fut fuyant l’espace d’une seconde, se reportant soudain vers son livre posé sur la tablette les séparant, avant de le regarder à nouveau. Ses yeux verts semblent s’être assombris, comme une prairie qui serait momentanément privée des rayons du soleil par le passage d’un nuage.
Pourquoi cette soudaine moue indécise ? Hésiterait-elle soudain à lui dévoiler quelque chose ?
"Mais qu'est-ce qu'il t'arrive ?" lui dit-il, feignant un air innocent; "Pourquoi tu te marres ?". Elle ne dit rien et s'assoit en face de lui comme si de rien n'était. Cependant elle ne peut s'empêcher d'esquisser un petit sourire, elle lui dit : "J'étais aux toilettes, tu ne t'es pas inqiuété au moins ?" Nicolas a un soupir de soulagement, c'est bon elle n'est pas au courant de sa mésaventure. Il lui répond alors tout simplement qu'il n'a rien appris de nouveau et qu'apparemment ils n'allaient pas tarder à repartir. Nicolas déteste mentir, mais là c'est pour la bonne cause, SA cause...
Une maman et son enfant passent à côté d'eux en parlant de l'incident avec le controlleur, Nicolas panique et pour faire diversion frappe son index sur la table pour détourner l'attention d'Alice. Mais ce qui détourne l'attention d'Alice, attire celle des voyageurs passants et un petit garçon ponte alors Nicolos du bout de son petit index et s'écrie : "C'est lu maman !!!" Alice tourne la tête de quarante cing degrés sur sa gauche et regarde le petit garçon. Nicolas ne se sent plus soulagé du tout, il ne sait pas quoi faire. Tout se passe très vite, même s'il a l'impression que les secondes qui passent sont des heures, que va dire le petit garçon ? Va-t-il tout révéler à Alice ? Nicolas éprouve tout d'un coup un sentiment de malhonnêteté à l'égard d'Alice, mais il se sent aussi tellement honteux qu'il n'a pas envie que la jeune fille sache...
Alice continue à jouer l'innocente et jette son regard interrogateur sur Nicolas totalement décomposé. Nicolas veut réagir il mais ne trouve rien de percutant à dire...

